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jeudi 9 février 2017

Le syndrome Navalny

Rappelons que ça se termine assez mal pour la grenouille...


A. Navalny vient de voir confirmer par la justice russe sa condamnation à 5 ans de prison avec sursis dans l'affaire Kirovles. Comme l'avait reconnu la CEDH, il y avait des problèmes procéduraux, mais le procès n'était pas politique. Or, la grande question qui se pose aujourd'hui n'est pas sur la culpabilité de Navalny, mais: Navalny pourra-t-il être candidat aux prochaines présidentielles? Comme si cela pouvait avoir une quelconque importance pour la vie politique russe. L'opposition russe souffre bien du "syndrome Navalny": beaucoup de prétention, peu de réalisme.


L'affaire Kirovless dure depuis de nombreuses années. En 2013, A. Navalny avait été condamné à 5 ans de prison ferme pour ses activités frauduleuses en 2009 alors qu'il occupait le poste de conseiller du Gouverneur Belykh dans la région de Kirov (lui même en prison aujourd'hui), ayant conduit à des détournements d'actifs de l'entreprise publique de bois Kirovless. Ces activités durèrent moins d'une année, la personne qui s'en occupait en collaboration avec Navalny fut démise de ses fonctions en raison de sa gestion désastreuse. Et dès 2010, Navalny se lance ... dans la lutte contre la corruption. Ensuite, sa condamnation ferme fut commuée, en appel, en sursis. Lors de son recours devant la CEDH, Navalny avait bien évidemment fondé son argumentation sur la dimension politique de l'affaire. La Cour européenne a rendu le 23 février 2016 un arrêt étrange, car elle est allée examinée l'utilisation faite par les tribunaux russes du droit des affaires russes, non pas par rapport au droit européen (ce qui pourrait être de sa compétence), mais dans le cadre du droit interne (ce qui n'est pas de sa compétence, puisque ce n'est pas une Cour suprême). Elle a considéré également qu'il y avait certains problèmes procéduraux, mais l'affaire n'est pas politique.

Bref, c'est un banal détournement d'actifs. Banal, sauf qu'il a été effectué non pas par un membre de la majorité politique, mais par un "opposant" qui de plus est glorifée en Occident pour sa lutte contre la corruption. Ce qui rend la chose d'autant plus croustillante .... Qui oserait alors parler de lutte contre la corruption ... contre Navalny?

La Cour suprême russe, en application de la décision de la CEDH a renvoyé l'affaire en première instance. Hier, le jugement est tombé, sans surprise puisque l'existence des faits n'était pas remise en cause: 5 ans avec sursis.

Mais le meillieur est à venir. Car, la grande question qui se pose aujourd'hui pour l'opposition est ubuesque: A. Navalny pourra-t-il être candidat aux présidentielles?

En effet, la législation russe prévoit l'inéligibilité pendant 10 ans pour les personnes condamnées à des infractions graves. L'infraction pour laquelle il a été condamné entre dans cette catégorie, mais l'opposition joue sur le fait qu'il n'a été condamné qu'à du sursis, ce qui devrait étrangement, selon eux, déclassifer l'infraction commise. De toute manière, ils feront encore appel, iront jusqu'à la Cour suprême, si refus d'enregistrement de candidature il y aura, ils pourront en faire appel devant la Cour constitutionnelle. Bref, juridiquement, tout continue.

L'intérêt est ailleurs. Il est politique. Comment peut-on sérieusement s'intéresser à la candidature de A. Navalny? Selon l'analyse publiée par le Centre Levada le 14 mars 2016, seulement 4% des personnes intérrogées lui font confiance. L'on peut difficilement dire qu'il possède un électorat ou un poids politique quelconque. Il ne faut pas confondre activisme et politique.

Ce qui ne l'empêche de déclarer à la fin de son procès:
"Ce que nous voyons maintenant, c'est un télégramme du Kremlin, qui estime que mon programme et mon équipe sont trop dangereux pour me laisser participer aux élections (présidentielles)"
C'est vrai, 4%, ça fait trembler. Ce pourrait aussi être un "télégramme juridique" de la justice lui rappelant que détourner des actifs est contraire à la loi. Non, ce serait tellement ... trivial de penser cela.

Il déclare encore, car le ridicule ne tue pas, que de toute manière il continue sa campagne. L'on serait tenté de demander quelle campagne? Car elle n'a pas encore commencé, mais peu importe, pour une telle personnalité politique, ce n'est qu'un détail. Par ailleurs, il peut toujours faire campagne, mais sans électorat son poids politique est tellement nul, que sa candidature ou non n'aura aucun impact réel sur la vie politique russe. Et plus particulièrement en ce qui concerne l'opposition radicale, je ne suis pas certaine que Kassianov, qui se bat bec et ongle,pour être candidat unique, ait envie de voir ce concurrent grignoter son micro-électorat.

Navalny est l'image même de l'échec de l'opposition radicale en Russie: elle est gonflée de sa propre importance en raison de ses soutiens internationaux disproportionnés à son poids réel, considérant être marginal comme un signe distinctif, qui ne peut être un signe d'échec puisqu'il est censé être le résultat non pas du désintérêt objectif de la population (qu'ils dénigrent par ailleurs), mais d'une machination de ce Kremlin tout puissant. Finalement, les Démocrates américains n'ont rien inventé.

Or, la population russe, justement, veut une opposition. 52% l'estiment nécessaire contre 25% qui n'en voient pas vraiment l'intérêt. Mais pas n'importe quelle opposition. Et c'est ici que le bas blesse. Car l'on ne compte plus les grandes figures (en Occident) de l'opposition russe qui courent les plateaux et les chèques, sans avoir le moindre intérêt réel pour la politique intérieure. Ils ne proposent pas un cours politique alternatif sur des questions vitales qui intéressent les électeurs, ils veulent changer de régime pour y avoir leur place. Or, justement, il n'y a pas de soutien populaire pour ce "programme".

Mais, certes, il est tellement plus agréable de discruter du pauvre opposant politique Navalny, que de l'escroc qui détourne des fonds. L'Occident fait toujours des choix étranges lorsqu'il s'agit de la Russie ...

1 commentaire:

  1. Impossible de leur faire comprendre que le premier opposant politique à Poutine et à Russie Unie est Ziouganov et le parti communiste russe. Dans la mesure ou le parti communiste désapprouve la politique économique mais soutient Poutine dans sa politique étrangère, pour les journalistes français ce ne sont pas des opposants. Les vrais opposants, ce sont les Khodorkovski, Kasparov, Kassianov, Navalny qui ne représentent presque rien ni personne, qui à l'étranger dénigrent la Russie et son Président et, je suppose, sont grassement payés par la CIA.

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